Créatures Mythiques · Les abysses
Aspidochélone
L'île mouvante de la perdition
Tentation funeste et tromperie des océans
Piège mortel surgi de l'océan, l'Aspidochélone apparaît dans le Physiologus, traité chrétien rédigé en grec à Alexandrie vers le IIe ou le IIIe siècle de notre ère. La figure a été abondamment recopiée et enluminée dans les bestiaires du Moyen Âge, où elle sert d'avertissement moral tout en fascinant par sa perfidie tranquille.
Son nom réunit deux mots grecs, le bouclier et la tortue, mais la plupart des auteurs en font une baleine colossale. Son dos immense et rugueux se couvre au fil du temps de sable et de végétation : flottant à la surface, elle a l'apparence d'une île. Les marins y accostent et y allument du feu ; réveillée par la chaleur, la bête plonge et entraîne l'équipage au fond. Le Physiologus ajoute qu'elle exhale une odeur suave qui attire les petits poissons droit dans sa gueule.
L'Aspidochélone portait une signification religieuse forte : elle représentait le diable, dont les tentations trompeuses mènent les âmes à leur perte. Le même motif se retrouve dans le premier voyage de Sindbad le Marin, et dans la Navigation de saint Brendan, où le moine et ses compagnons célèbrent Pâques sur le dos de la baleine Jasconius.